Objectif : Sortir des énergies fossiles
Présentation des scénarios de production et de consommation électriques permettant l’atteinte de la neutralité carbone à l’horizon 2050.

Se repérer au travers de la transition énergétique : le résumé des « Futurs énergétiques 2050 » de RTE.
Présentation des scénarios de production et de consommation électriques permettant l’atteinte de la neutralité carbone à l’horizon 2050.
Le contenu de cet outil se base essentiellement sur le dernier rapport RTE. Ce dernier est le fruit de :
Voir les documents officiels du rapport
ℹ️ Pendant votre lecture, il faut garder en tête que le rapport part du principe que la France ne change pas du paradigme économique actuel, le capitalisme.
RTE réactualise ses « Futurs énergétiques 2050 » : une consultation publique (avril 2026) et le Bilan prévisionnel 2025 annoncent déjà les grandes révisions, avant l'étude complète attendue fin 2026 :
Les chiffres ci-dessous restent ceux de l'édition 2021, la dernière étude complète publiée. Pour manipuler les nouvelles bornes, direction Mix, le simulateur du mix électrique 2050.
En France, environ 60 % de l’énergie utilisée est d’origine fossile : il s’agit principalement des produits pétroliers (de l’ordre de 40 %), du gaz naturel (de l’ordre de 20 %) et du charbon (moins de 1 %).
ℹ️ Cette énergie dépend des importations des pays producteurs (notamment l’Arabie saoudite, le Kazakhstan, la Russie, le Nigeria et l’Algérie pour le pétrole brut, la Norvège, la Russie, les Pays-Bas et le Nigeria pour le gaz).
ℹ️ Le programme électronucléaire français répondait à un souci d’autonomie énergétique à la suite des chocs pétroliers. Aujourd’hui, il n’est pas contestable qu’il constitue un atout majeur de la France dans la lutte contre le changement climatique en produisant une électricité très largement décarbonée en grandes quantités.
Or, si le nucléaire représente bien 70% de l’électricité produite en France, il représente moins de 20% de l’énergie finale utilisée par les français.
Pour alimenter une consommation de 645 TWh d’électricité en 2050, la France dispose d’un atout : sa production d’électricité décarbonée avoisine déjà 500 TWh. Dès lors, la « marche » à franchir est beaucoup moins haute que dans d'autres pays.
ℹ️ (l’Allemagne produit aujourd’hui environ 300 TWh d’électricité bas-carbone, le Royaume-Uni près de 200 TWh, l’Italie près de 100 TWh, alors que tous ces pays européens envisagent des consommations d’électricité de l’ordre de 600-800 TWh dans trente ans).
Cependant, l’âge moyen du parc nucléaire est de 36 années, les centrales atteignent progressivement l’échéance de 40 ans qui avait été retenue comme hypothèse de durée de fonctionnement lors de leur conception.
ℹ️ Si la durée d’exploitation de ces centrales est en train d’être prolongée dans le cadre des prescriptions édictées par l’Autorité de sûreté nucléaire et sous le contrôle de cette dernière, il est généralement admis que les réacteurs ne pourront probablement pas fonctionner plus de 60 ans, sauf exception et démarche de sûreté spécifique.
ℹ️ Les arrêts définitifs seront très rapprochés (effet falaise), en raison de la rapidité exceptionnelle avec laquelle la France a bâti son parc dans les années 1980.
La nouvelle donne énergétique issue de ces dernières années : des objectifs climatiques plus contraignants pour 2030, un paysage de sécurité d’approvisionnement plus fragile avec la tension sur les approvisionnements en hydrocarbures, la montée des prix de l’énergie, et la réduction des marges sur le système électrique européen.
ℹ️ À long terme (2050-2060), la fermeture des réacteurs nucléaires de deuxième génération est une contrainte industrielle : en plus de soutenir l’augmentation prévue de la consommation d’électricité, l’appareil de production français devra profondément se renouveler pour remplacer une production annuelle de l’ordre de 380-400 TWh.
Du côté des renouvelables, les systèmes à forte part en énergies renouvelables constituent un objet de recherche dans de nombreux pays dans le monde, et RTE a publié en janvier 2021, conjointement avec l’Agence internationale de l’énergie, un rapport listant les prérequis techniques pour atteindre un système fondé sur une proportion importante de renouvelables, ouvrant donc la voie à la possibilité de systèmes 100 % renouvelables à terme. Ces scénarios s’accompagnent de paris importants, et notamment la maîtrise parfaite de l’intégration de l’« hydrogène ».
Du côté du nucléaire, les options apparaissent également plus ouvertes : à côté des grands réacteurs de type EPR 2 se multiplient les projets de petits réacteurs modulaires (SMR) et de nouvelles technologies. La concertation sur les « Futurs énergétiques 2050 » a mis en lumière que la France n’était dans tous les cas pas en capacité, à la date actuelle, de construire des réacteurs nucléaires au même rythme que durant les années 1980.
Décrire ces mondes possibles en se fondant sur une étude technique approfondie, un chiffrage économique, une analyse environnementale et une prise en compte des aspects sociétaux : tel est l’objet des « Futurs énergétiques 2050 ».




Du fait de son solde commercial nettement importateur, les conséquences énergétiques et environnementales de la consommation française sont aujourd’hui en partie invisibles dans les bilans énergétique et climatique nationaux. Avec des relocalisations, ces conséquences seront perceptibles : RTE estime que, dans un scénario de réindustrialisation, la consommation d’électricité serait supérieure d’environ 100 TWh à la trajectoire de référence, et pourrait atteindre 750 TWh.
La réindustrialisation permet des gains très substantiels sur l’empreinte carbone de la France, qui constitue aujourd’hui l’un des principaux enjeux dans la lutte contre le changement climatique vu le solde déficitaire de la balance commerciale du pays. Une réindustrialisation profonde permet d’éviter environ 900 millions de tonnes de CO2 en trente ans, avec un avantage qui s’amplifie tout au long de la trajectoire : ~10 MtCO2eq/an entre 2020 et 2030, ~30 MtCO2eq/an entre 2030 et 2040, ~40 MtCO2eq/an entre 2040 et 2050. La France peut en effet tirer parti d’un mix actuel plus décarboné et de l’atteinte d’objectifs climatiques plus ambitieux que ceux de la majorité des pays dont la France importe les biens manufacturés.




Le développement d’une part d’énergies renouvelables plus importante qu’aujourd’hui n’est donc pas uniquement une nécessité industrielle et climatique : elle est également pertinente sur le plan économique.

Il y a un intérêt économique à accroître le pilotage de la consommation, à développer des interconnexions et du stockage hydraulique, ainsi qu’à installer des batteries pour accompagner le solaire. Au-delà, le besoin de construire de nouvelles centrales thermiques assises sur des stocks de gaz décarbonés (dont l’hydrogène) est important si la relance du nucléaire est minimale et il devient massif – donc coûteux - si l’on tend vers 100 % renouvelables.
Il devra gérer des cycles réguliers jours/nuits (pour le solaire) mais également des variations de production éolienne très importantes à l’échelle d’une semaine, d’un mois, voire d’une année. Il s’agit d’un défi technique majeur.
Dans le même temps, la dépendance de la France envers les pays producteurs de pétrole et de gaz fossile disparaîtrait totalement : les scénarios de neutralité carbone sont bien des scénarios de très fort renforcement de la souveraineté énergétique.

Ces réseaux vont devoir accélérer leur transformation de manière à rendre possible la transition énergétique.
ℹ️ Le réseau de transport : des évolutions structurelles dès 2030, et beaucoup plus importantes dans les scénarios 100 % renouvelable
ℹ️ Le réseau de distribution : des adaptations d’un montant significatif pouvant aller du simple au double selon les scénarios pour satisfaire la hausse de la consommation et connecter les nouvelles installations de production
L’intérêt pour l’hydrogène bas-carbone dans le débat énergétique est récent mais intense. La promesse d’une « révolution de l’hydrogène » peut en effet apparaître comme une solution séduisante (vecteur combinant flexibilité, faculté à être produit en masse à base d’électricité bas-carbone et pouvant remplacer le gaz d’origine fossile dans de nombreux usages).
Il existe néanmoins encore de nombreuses incertitudes sur l’économie de l’hydrogène. Il en résulte une confusion récurrente entre le rôle de l’hydrogène comme solution de décarbonation de l’énergie et celui de solution intermédiaire de stockage pour les besoins de production d’électricité.
Si les électrolyseurs sont reliés à un grand système hydrogène doté de capacités de stockage, ils pourront alors moduler leur fonctionnement dans des proportions plus importantes que beaucoup d’autres usages électriques : contrairement aux véhicules électriques dont les batteries restent de capacité limitée et doivent être rechargées régulièrement, les électrolyseurs pourraient stopper leur fonctionnement pendant de longues périodes (par exemple durant les semaines sans vent) dès lors qu’un stock suffisant a été constitué pour alimenter les besoins d’hydrogène.
Cette flexibilité n’est toutefois accessible que grâce à des infrastructures de stockage et de transport d’hydrogène dont la disponibilité n’est aujourd’hui pas acquise. Le coût de ces solutions, aujourd’hui soumis à une forte incertitude, est intégré aux chiffrages.

ℹ️ Atteindre un système neutre en carbone en 2050 représente un défi technologique. De nombreuses innovations sont attendues et peuvent se révéler plus ou moins nécessaires selon les scénarios : véhicules électriques utilisant des batteries moins gourmandes en métaux rares, boucle « power-to-gas-to-power » via l’hydrogène ou le méthane de synthèse, centrales thermiques fonctionnant aux gaz décarbonés, technologies numériques pour la gestion de la demande, petits réacteurs nucléaires modulaires (SMR), nouvelles énergies marines comme les hydroliennes, etc.
Ces quatre conditions sont les suivantes :
Trois des six scénarios prévoient la construction de nouveaux réacteurs de type EPR 2, ce qui constitue un défi industriel. Le scénario N03 nécessite d’aller plus loin et de remplir quatre conditions :



Plus le scénario comporte d’énergies renouvelables, plus la surface du territoire utilisée par des infrastructures énergétiques augmente. Néanmoins, les surfaces imperméabilisées et artificialisées, qui cristallisent les inquiétudes pour la biodiversité, restent très faibles à l’échelle du territoire.
À l’horizon 2050, les surfaces artificialisées dédiées au système électrique représenteront de l’ordre de 20 000 à 30 000 hectares contre plus d’un million pour le seul réseau routier français. Le flux d’artificialisation est plus important dans les scénarios M, mais les surfaces en question sont faibles par rapport au flux correspondant à l’habitat, aux zones commerciales ou aux routes (1 à 3 %). Toute action permettant de limiter l’artificialisation liées aux infrastructures électriques (réutilisation de friches délaissées) contribuera à l’atteinte de l’objectif de « zéro artificialisation nette ».

Ce point de départ favorable conduit parfois à ce que le bénéfice climatique du développement de l’éolien et du solaire en France soit nié. Or poursuivre le développement de l’éolien et du solaire conduit bien à réduire les émissions si ces capacités s’ajoutent aux centrales nucléaires existantes :


Cet investissement est important mais conduit en retour à créer un système dont le coût de fonctionnement opérationnel est très faible, et qui ne dépend plus du cours des énergies fossiles.
Toutes les analyses des « Futurs énergétiques 2050 » concourent à établir qu’une stratégie combinant

Cette trajectoire est déjà engagée, mais elle devra passer dans le futur par des jalons ambitieux :
À cette échéance, la France ne devra plus émettre que de manière marginale, à la hauteur de ses puits de carbone (essentiellement la forêt et les cultures).
Une partie de ces défis se trouve du côté des usages : il est nécessaire de transformer progressivement l’ensemble des secteurs de l’économie et de l’activité française pour qu’ils parviennent à sortir de la consommation d’énergies d’origine fossile, en particulier pétrole et gaz.
Si un certain nombre de politiques publiques françaises sont déjà engagées et efficaces, et si des outils économiques tels que les marchés carbone sont déjà déployés à l’échelle européenne, les trajectoires devront être rapidement infléchies pour corriger l’empreinte carbone du pays.
La crise climatique nécessite d’aller beaucoup plus vite durant la prochaine décennie que pendant celle qui précède, tout en garantissant une adhésion de la société aux objectifs et aux mesures engagées et en ne se limitant pas à transférer les émissions hors de France. De ce point de vue, les « Futurs énergétiques 2050 » ont montré que le scénario de consommation « réindustrialisation profonde » était bénéfique dès le court terme pour réduire l’empreinte carbone française.
Il faut aussi souligner que l’abandon de la dépendance aux énergies fossiles, au-delà de toute considération géopolitique et de souveraineté, constitue une réponse structurelle aux crises énergétiques qui ont émaillé les dernières décennies, jusqu’à aujourd’hui avec la forte augmentation des prix du gaz fossile et du pétrole.
Au-delà de l’objectif « d’émettre moins » en basculant vers une utilisation d’énergies moins polluantes comme l’électricité décarbonée, la France devra poursuivre son engagement global vers l’efficacité énergétique afin de « consommer moins ». L’objectif d’une réduction de 40% en 30 ans retenu est ambitieux mais atteignable. Il est en tout état de cause nécessaire dès lors que le pays souhaite tenir les trajectoires sur lesquelles il est engagé.
La définition du système électrique de demain constitue le cœur des « Futurs énergétiques 2050 » qui dessinent puis comparent les chemins possibles pour une France bas-carbone insérée dans l’Europe. L’étude révèle un certain nombre d’urgences d’ordre industriel.
Il est nécessaire, en toute hypothèse, de faciliter et d’accélérer par tous les moyens possibles l’installation de modes de production d’électricité bas-carbone. Les délais effectifs ou projetés en l’état, l’autorisation puis la construction de champs d’éoliennes terrestres ou en mer, de fermes photovoltaïques, ou encore de nouveaux réacteurs nucléaires sont très longs, et renvoient l’essentiel des mises en service de ce qui serait décidé aujourd’hui au-delà de 2030.
De tels délais ne sont pas compatibles avec l’ambition de réduire les émissions du pays, surtout si on renonce à l’une ou l’autre de ces trois grandes technologies.
